début
de l'article
(suite de l'article de Marie-Josée Tardif)
Une trajectoire en ligne droite
Q- Parlez-moi de votre enfance. L'art faisait--il partie
intégrante de votre vie familiale ?
Je suis né à Edmundston, dans les années 30,
mais j'ai grandi à Rivière-Bleue, dans la région
du Témiscouata, où mon père était propriétaire
d'un garage. Mes parents ont toujours encouragé l'expression
artistique à la maison. Ma mère adorait la chanson.
Certaines de mes sœurs jouaient du piano et mes frères
dessinaient beaucoup. Quant à moi. je crayonnais tout le
temps ou alors j'étais affairé à concevoir
quelque in-vention de mon cru. En fait, dès l’âge
de 5 ans, je savais qu'un jour je deviendrais artiste-peintre. Mon
engouement pour les arts visuels ne s'est jamais démenti,
de sorte qu'on dût très tôt m'inscrire aux Beaux-Arts,
à Québec.
Q- Vous n'avez rencontré aucune résis-tance
?
Il est rare que les parents acceptent facilement de laisser leurs
enfants se diriger vers une profession si peu conventionnelle.
Oh! Il y a eu des résistances, mais elles provenaient surtout
de l'influence du clergé. Ma mère a commencé
à s'objecter à mon désir lorsque le curé
lui a dit qu'il fallait craindre les Beaux-Arts, car on allait m'y
faire dessiner des femmes nues. Et ça, c'était impensable!
Non seulement le curé avait-il mis de la pression, même
l'évêque d'Edmundston s'en était mêlé
!
Q- Et votre père, dans tout ça ?
Mon père était un homme très silencieux. Or,
par son silence, il était celui qui m'encourageait le plus
parce qu'il ne disait jamais non. De toute façon, tout le
monde a dû se rendre à l'évidence. Le dessin
représentait tellement toute ma vie qu'ils n'ont pas eu le
choix de me laisser faire.
 Une nuit au Pont Neuf
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Le coup de pouce
du destin
Pendant ma deuxième année à Québec,
j'ai participé à un concours de dessin parrainé
par les Nations unies. Cet événement allait changer
le cours de ma vie. Je me souviens que je me trouvais à Rivière-Bleue
pour les vacances de Pâques lorsque j’appris la nouvelle.
Je marchais dans la rue et, tout à coup, les gens se sont
mis à sortir sur leur balcon pour me féliciter. «Bravo,
Claude! Mais c'est fantastique!... Tu n'as pas entendu ? Radio-Canada
vient d'annoncer que tu as gagné le concours !» Le
p'tit Théberge de Rivière-Bleue venait de remporter
le premier prix d'un concours international auquel 65 mille personnes
avaient participé !
Q- Vous deviez ne pas en croire vos oreilles !
J'étais incapable de réaliser ce qui m'arrivait. C'était
irréel ! Toujours est-il que c'est comme ça qu'un
médecin de Notre-Dame-du-Lac, le docteur Jacques Dubé,
chirurgien et amateur d'arts, entendit parler de moi. « Comment?
s'est-il dit, on a un petit génie dans la région ?
II me faut absolument le rencontrer ! » Le Dr Dubé
est donc venu me voir. Il a été si emballé
qu'il a réussi à m'obtenir des bourses des Conseils
du Bas-St-Laurent et de Madawaska. une bourse de l'Association des
médecins de la Rive-sud, en plus d'un don personnel du Premier
Ministre Maurice Duplessis, même si mon père était
un organisateur libéral ! De connivence avec mes parents.
ce médecin mécène m'a permis de découvrir
Paris dès l'âge de 19 ans et de m'y installer pour
y parfaire ma formation artistique.
Q- Cette fois, tout le monde s'était rangé
de votre côté !
Attention ! On était quand même à l'époque
de la Grande noirceur! Si l'école des Beaux-Arts de Québec
faisait tressaillir les membres du clergé, imaginez ce que
les Beaux-Arts de Paris représentaient dans leur esprit !
II n'était plus seulement question de femmes nues. ici. J'allais
carrément perdre la foi ! Et... ça a été
le cas, effectivement. À cette époque, Paris, c'était
inouï ! Imaginez le p'tit gars du Témiscouata qui débarque
dans la capitale universelle des arts ! La ville grouillait constamment
de mille et une activités. Et toutes ces idées politiques
de gauche qui bouillon-naient... C'est à ce moment qu'a commencé
ma période abstraite sur le plan artistique.
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