Notre-Dame-du-Lac, Claude Théberge, La Dame du Lac

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(suite de l'article de Marie-Josée Tardif)

Une trajectoire en ligne droite

Q- Parlez-moi de votre enfance. L'art faisait--il partie intégrante de votre vie familiale ?

Je suis né à Edmundston, dans les années 30, mais j'ai grandi à Rivière-Bleue, dans la région du Témiscouata, où mon père était propriétaire d'un garage. Mes parents ont toujours encouragé l'expression artistique à la maison. Ma mère adorait la chanson. Certaines de mes sœurs jouaient du piano et mes frères dessinaient beaucoup. Quant à moi. je crayonnais tout le temps ou alors j'étais affairé à concevoir quelque in-vention de mon cru. En fait, dès l’âge de 5 ans, je savais qu'un jour je deviendrais artiste-peintre. Mon engouement pour les arts visuels ne s'est jamais démenti, de sorte qu'on dût très tôt m'inscrire aux Beaux-Arts, à Québec.

Q- Vous n'avez rencontré aucune résis-tance ?
Il est rare que les parents acceptent facilement de laisser leurs enfants se diriger vers une profession si peu conventionnelle.

Oh! Il y a eu des résistances, mais elles provenaient surtout de l'influence du clergé. Ma mère a commencé à s'objecter à mon désir lorsque le curé lui a dit qu'il fallait craindre les Beaux-Arts, car on allait m'y faire dessiner des femmes nues. Et ça, c'était impensable! Non seulement le curé avait-il mis de la pression, même l'évêque d'Edmundston s'en était mêlé !

Q- Et votre père, dans tout ça ?

Mon père était un homme très silencieux. Or, par son silence, il était celui qui m'encourageait le plus parce qu'il ne disait jamais non. De toute façon, tout le monde a dû se rendre à l'évidence. Le dessin représentait tellement toute ma vie qu'ils n'ont pas eu le choix de me laisser faire.

Une nuit au Pont Neuf de Claude Théberge
Une nuit au Pont Neuf

 

Le coup de pouce du destin

Pendant ma deuxième année à Québec, j'ai participé à un concours de dessin parrainé par les Nations unies. Cet événement allait changer le cours de ma vie. Je me souviens que je me trouvais à Rivière-Bleue pour les vacances de Pâques lorsque j’appris la nouvelle. Je marchais dans la rue et, tout à coup, les gens se sont mis à sortir sur leur balcon pour me féliciter. «Bravo, Claude! Mais c'est fantastique!... Tu n'as pas entendu ? Radio-Canada vient d'annoncer que tu as gagné le concours !» Le p'tit Théberge de Rivière-Bleue venait de remporter le premier prix d'un concours international auquel 65 mille personnes avaient participé !

Q- Vous deviez ne pas en croire vos oreilles !

J'étais incapable de réaliser ce qui m'arrivait. C'était irréel ! Toujours est-il que c'est comme ça qu'un médecin de Notre-Dame-du-Lac, le docteur Jacques Dubé, chirurgien et amateur d'arts, entendit parler de moi. « Comment? s'est-il dit, on a un petit génie dans la région ? II me faut absolument le rencontrer ! » Le Dr Dubé est donc venu me voir. Il a été si emballé qu'il a réussi à m'obtenir des bourses des Conseils du Bas-St-Laurent et de Madawaska. une bourse de l'Association des médecins de la Rive-sud, en plus d'un don personnel du Premier Ministre Maurice Duplessis, même si mon père était un organisateur libéral ! De connivence avec mes parents. ce médecin mécène m'a permis de découvrir Paris dès l'âge de 19 ans et de m'y installer pour y parfaire ma formation artistique.

Q- Cette fois, tout le monde s'était rangé de votre côté !

Attention ! On était quand même à l'époque de la Grande noirceur! Si l'école des Beaux-Arts de Québec faisait tressaillir les membres du clergé, imaginez ce que les Beaux-Arts de Paris représentaient dans leur esprit ! II n'était plus seulement question de femmes nues. ici. J'allais carrément perdre la foi ! Et... ça a été le cas, effectivement. À cette époque, Paris, c'était inouï ! Imaginez le p'tit gars du Témiscouata qui débarque dans la capitale universelle des arts ! La ville grouillait constamment de mille et une activités. Et toutes ces idées politiques de gauche qui bouillon-naient... C'est à ce moment qu'a commencé ma période abstraite sur le plan artistique.

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